physiologie - la fréquence cardiaque - précautions d'emploi  
   

 

4 Précautions d'emploi

L'utilisation de la FC n'est valable qu'à partir du moment où l'athlète prend en compte certaines précautions quant à sa mesure, à sa lecture et à son interprétation. Première précaution à employer ; s'assurer que l'exercice réalisé est bien de type aérobie.

4.1 L'implication majeure de la filière aérobie

Nous savons qu'un exercice physique peut se faire en présence d'oxygène ou sans que cet élément intervienne. Dans ce deuxième type d'exercice, l'évolution de la fréquence cardiaque ne colle plus à celle de l'effort.

Dans une étude sur la production énergétique anaérobie et la fréquence cardiaque, Kindermann et al (1975) ont montré que la fréquence cardiaque constitue un critère insuffisant dans l'appréciation des échanges d'énergie. Pendant cette étude, des coureurs de demi-fond ont été soumis aux quatre types d'entraînement suivant :
16 x 300 m en côtes (10 %) environ 90 secondes de course avec 3 à 4' de récupération.
216 x 500 m en 1'30" avec 60 secondes de récupération (marche et trot).
33 x 2400 m en 9' récupération 5 à 6' trot.
412 kilomètres en 43'
L'auteur constate que pour toutes ces formes d'entraînement, les fréquences cardiaques se situent entre 160 et 180 puls/min., c'est à dire dans une fourchette permettant une adaptation optimale de l'organisme. Or les concentrations de lactate sont, elles, nettement différenciées (tableau ci-dessous).


Types d'exercice
Concentration lactique moyenne
( mmol/l)
Fréquence cardiaque moyenne (puls/min)
1
15,8 (±4,8)
182 (±9)
2
8,8 (±2,82)
177 (±9)
3
6,02 (±0,86)
175 (±7)
4
4,87 (±2,19)
177 (±9)

Concentration lactique et fréquence cardiaque moyennes lors de différentes formes
d'entraînement du coureur de demi-fond (Kindermann et al, 1975)

Kindermann en conclut qu'il est impossible, à partir du seul paramètre fréquence cardiaque de tirer des conclusions précises quant au degré de sollicitation par une certaine forme d'entraînement sur le système de production énergétique anaérobie.
En fait, la FC est l'expression de la vitesse de rotation de la pompe cardiaque. Si cette pompe s'active lors d'un effort anaérobie, elle est avant tout un des maillons essentiels des réactions aérobies. Il est donc impératif que cette voie énergétique soit fortement impliquée pour qu'elle puisse fournir des renseignements valables sur le degré de sollicitation de l'exercice.
D'ailleurs, au plus haut niveau aérobie (VO2max) la fréquence cardiaque arrive à son maximum génétique. Le coeur ne peut se contracter plus vite. Dès lors, toute augmentation de l'intensité au-dessus de VO2max grâce aux processus anaérobies ne peut être prise en compte.

Utiliser la fréquence cardiaque, oui mais uniquement pour les intensités inférieures ou égales à VO2max et en se disant bien que même pour ces vitesses, elle ne dit pas grand chose de l'énergie transformée par les réactions anaérobies (physiologie/énergie).

Autre précaution à prendre, se rappeler que des aspects extérieurs à l'entraînement lui-même peuvent influencer la FC.

4.2 Divers facteurs

Un certain nombre de facteurs, qui peuvent n'avoir que des rapports lointains avec l'effort consenti, est susceptible d'influencer l'évolution de la FC.
Tout d'abord, la chaleur provoque son augmentation. Cette adaptation est probablement due à l'effort fourni pour assurer la régulation thermique du corps et/ou à la baisse de volume sanguin liée à la déshydratation. Ne nous étonnons donc pas si un jour d'été, notre FC atteint des valeurs étonnamment élevées pour l'effort réalisé.

De nombreux autres facteurs peuvent jouer sur la FC. Citons en vrac, le type d'alimentation, la pression atmosphérique, l'humidité, l'altitude. Au repos, l'émotion, la position adoptée - debout, assise ou couchée.

L'athlète doit prendre garde à ces influences de façon à ne pas interpréter une éventuelle variation de la FC comme l'effet d'un problème d'adaptation de son organisme. L'idée est de ne jamais s'alarmer au vu d'une mesure cardiaque inhabituelle. Si le problème d'adaptation est sérieux, il durera. Dans ce cas, l'athlète doit chercher à comprendre les raisons de la persistance du changement observé.

Dernières grandes précautions à prendre, l'individualisation et la précision des mesures.

4.3 L'individualisation et la précision des mesures

Rappelons que l'utilisation de la FC n'est valide qu'à titre individuel. Toute donnée statistique établie pour déterminer les niveaux d'intensité, les valeurs maximales ou la récupération ne peut être retenue et appliquée à un athlète qu'au risque de se tromper lourdement. En dépit de la célèbre formule : FC maximale = 220 - âge, à 20 ans, un athlète peut avoir une FC de 220 alors qu'un autre plafonnera à 180 puls/min. Pour notre part, nous avons déjà relevé des FC supérieures à 240 chez un homme ayant dépassé la quarantaine. Nous sommes bien loin de la moyenne statistique.

Ceci étant dit, chacun doit prendre en charge la mesure de sa propre FC. Encore faut-il pouvoir et savoir le faire.
Le moyen le plus simple et le plus précis consiste à utiliser un cardio-fréquencemètre. Cet appareil portatif est composé :
d'une sangle munie d'un appareil capable de recevoir et de traduire le signal cardiaque.
d'une montre qui reçoit le signal et l'inscrit sur son écran en temps réel.

Grâce à ce système, l'athlète a un accès instantané à la vitesse de contraction de son cour. La diffusion massive de cet appareillage permet de l'acquérir à des prix très modestes. Les différences de coût sont dues aux fonctions pouvant être accomplies (enregistrement des FC, zones cibles, transfert sur ordinateur.).

Pour ceux qui ne disposeraient pas d'un tel appareil, il reste la mesure manuelle. Cette mesure ne se fait pas au niveau du coeur mais au niveau de deux artères où l'onde de pression est facile à ressentir.
premier endroit utilisé, l'artère radiale située sur la face interne du poignet. L'athlète tourne un bras, paume de la main vers le haut, et palpe le côté extérieur du poignet, à proximité des deux gros tendons de la main. Il a tout intérêt à palper l'artère avec l'index et/ou le majeur et pas avec le pouce. En effet, l'onde cardiaque peut se ressentir au niveau de ce doigt et venir gêner la mesure. La palpation radiale est conseillée lorsque la FC est encore loin de ses valeurs maximales. Arrivé près du maximum, l'onde de pression est plus difficile à ressentir. L'athlète trouvera alors avantage à utiliser le deuxième type de mesure.
deuxième endroit recommandé, l'artère carotide passant sur le côté du cou. Cette mesure est préconisée lorsque la FC atteint des valeurs élevées. Toutefois, le sportif doit prendre garde à ne pas trop comprimer l'artère. En effet, celle ci dispose de récepteurs sensibles à la pression et qui ont pour effet, lorsqu'ils sont activés, de ralentir la fréquence cardiaque.

Généralement, le calcul des ondes ressenties se fait sur 6, 10 ou 15 secondes. Il suffit alors de multiplier le nombre trouvé par 10, 6 ou 4 pour obtenir la FC.
Cependant, ce type de mesure est sujet à deux d'erreurs :
1Tout d'abord, nous ne pouvons être certains de la validité du nombre trouvé. Des erreurs de 1 à 5 pulsations sont fréquentes et inévitables. Or, une erreur de seulement 3 pulsations sur 10 secondes donne un écart de 3 x 6 = 18 pulsations à la minute.
2A l'arrêt de l'exercice, la FC diminue rapidement. Le temps de prendre la mesure suffit à provoquer une baisse notoire de la FC maximale réellement atteinte. La différence entre la FC maximale et la FC mesurée devient signification après 10 secondes de récupération pour une FC proche de 150 et après 20 secondes pour une FC proche de 180 (in Vollmer). En moyenne, un athlète entraîné qui vient de réaliser un effort à 150 puls/min peut s'attendre à perdre entre 10 et 20 pulsations dans les 30 premières secondes de la récupération. S'il effectue une prise manuelle de la FC, il doit prendre en compte cette baisse.


Toutes ces précautions étant prises, la FC se révèlera un indicateur d'effort utile pour le suivi de l'entraînement. L'athlète gagnera à ne pas trop l'utiliser pour fixer l'effort mais davantage pour le contrôler. Il gagnera également à la mettre en relation avec d'autres indicateurs de l'exercice réellement effectué - comme la vitesse de course - et de l'impact consenti - comme la perception subjective ou le taux d'acide lactique .