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5.1.1. LA RÈGLE APSAD R15 : OUVRAGES SÉPARATIFS COUPE-FEU | ![]() |
La règle APSAD R15 prévoit l'existence de trois types d'ouvrages séparatifs coupe-feu dans les bâtiments industriels :
- le mur séparatif coupe-feu (MSCF) ; - le mur séparatif ordinaire (MSO) ; - le compartiment à l'épreuve du feu (CEF).
Ces dispositifs constructifs sont des moyens passifs de lutte contre la propagation d'un incendie.
La séparation des risques industriels
L'objectif de ces ouvrages est la séparation des risques industriels. Le mur séparatif coupe-feu permet de séparer totalement deux risques au sein d'un même bâtiment, alors que le mur séparatif ordinaire et le compartiment à l'épreuve du feu n'offrent qu'un niveau de sécurité augmenté qui n'autorise pas une distinction totale entre deux risques. Préconisés la plupart du temps dans le cadre d'une assurance dommage incendie, les murs séparatifs décrits dans la règle APSAD R15 ne doivent pas être confondus avec les murs coupe-feu prévus par la réglementation (ICPE, ERP, etc.). Le mur séparatif ordinaire, quant à lui, ne doit pas être assimilé à un mur coupe-feu 2 h. En effet, sa stabilité au feu peut être compromise, dans le cas où celui-ci est porteur par l'intermédiaire d'encastrement.
LE MUR SÉPARATIF COUPE-FEU
Comportement au feu
Quelle que soit sa face exposée à l'incendie, le mur séparatif coupe-feu (MSCF) doit être au moins CF 4 h ou REI 240. Il est destiné à séparer deux bâtiments ou deux parties d'une même construction de telle sorte que tout incendie se déclarant d'un côté du mur séparatif coupe-feu ne puisse pas se propager de l'autre côté. Un mur séparatif coupe-feu doit pouvoir jouer son rôle en se suffisant à lui-même. Le mur séparatif coupe feu doit également s'opposer au passage des fumées. La conception du mur séparatif coupe-feu doit être telle que, même si l'une des parties séparées s'effondre, le mur doit rester en place pour continuer à jouer son rôle. Même dans ces conditions, il doit garder une résistance suffisante pour s'opposer aux effets du vent pendant au moins toute la durée de l'incendie.
Dispositions constructives
Le mur séparatif coupe-feu doit être vertical (les éléments de construction horizontaux sont beaucoup plus sensibles à l'échauffement d'un incendie que les éléments verticaux). Dans le sens de la longueur, les décrochements peuvent être tolérés si des dispositifs sont prévus pour absorber les déformations du mur (surtout au niveau des angles). Sa charge admissible : il ne peut être porteur que si les éléments supportés reposent sur des consoles ou des corbeaux par l'intermédiaire d'appuis glissants (Néoprène, Téflon...). Tous les éléments supportés d'un côté ou de l'autre du mur doivent pouvoir se dilater sans remettre en cause la stabilité au feu du mur ou sans entrer en contact avec lui.
Conditions de dépassement
À sa partie haute, le mur doit dépasser d'au moins 0,70 m le point le plus haut des couvertures situées dans une zone de 7 m de part et d'autre. Dans le cas de bâtiments de hauteurs différentes, le dépassement doit être mesuré à partir du bâtiment le plus haut sauf exception (dépassement n'excédant pas 15 m par exemple). Sur les côtés du bâtiment, le mur séparatif coupe-feu doit déborder de 0,50m par rapport au nu extérieur de la façade. Des exceptions sont possibles sous certaines conditions : le mur doit comporter soit une bande de façade soit des « retours » sans ouverture. Les bâtiments faisant un angle de 90° constituent un cas particulier (Cf. schémas page suivante). Le mur devra être au minimum prolongé de 4 m, d'un côté ou de l'autre de l'arête ou des deux côtés.
Le MSCF sépare deux bâtiments. Il doit empêcher la propagation de l'incendie de l'un à l'autre, d'où les conditions de dépassements prévues.
Les différentes conditions de dépassement du mur séparatif coupe-feu.
Ouvertures et passages
De manière générale, en ce qui concerne tous les ouvrages séparatifs coupe-feu, le nombre d'ouvertures et de passages pratiqués dans les parois doit être limité au strict minimum et leur équipement doit être conçu de manière à ce que soient préservées toutes leurs qualités de comportement au feu : portes coupe-feu indispensables, passage d'utilités coupe-feu...
Aucune ouverture ni aucun passage ne devrait être pratiqué au travers d'un mur séparatif coupe-feu. Toutefois, des contraintes techniques et des contraintes d'exploitation peuvent conduire à déroger à ce principe.
- Ouvertures
Les dimensions des baies sont limitées (3,80 m × 4,40 m). Il est recommandé d'installer des détecteurs autonomes déclencheurs (DAD). Les linteaux métalliques ne sont pas acceptés pour les murs séparatifs coupe-feu. Le seuil des ouvertures doit être en matériaux incombustibles. Pour les stockages de liquides inflammables, toute disposition doit être prise pour éviter un écoulement sous les portes. Il n'est pas permis de mettre en place d'autres dispositifs de fermeture pour les murs séparatifs coupe-feu.
- Passage d'équipements
Les passages des câbles ne doivent pas altérer les performances de l'ouvrage séparatif coupe-feu : ils doivent être fermés par des dispositifs coupe feu adaptés.
Les canalisations : aucune canalisation n'est tolérée.
Les conduits de ventilation et de climatisation : aucun passage de conduits de ventilation ou de climatisation n'est toléré. Un mur séparatif coupe-feu constitué de deux parois représente un cas de figure particulier et a ses propres prescriptions (nécessité d'un couvre-joint par exemple).
La résistance au feu des divers éléments de construction est déterminée selon les méthodes citées dans l'arrêté du 22 mars 2004. Les ouvrages séparatifs coupe-feu doivent être construits selon les mêmes règles de calcul et selon les mêmes normes.
LE MUR SÉPARATIF ORDINAIRE ET LE COMPARTIMENT
A L'ÉPREUVE DU FEU
- Le mur séparatif ordinaire (MSO) constitue, dans un bâtiment, une ligne naturelle de défense contre l'incendie sur laquelle les services de secours peuvent s'appuyer pour limiter la propagation du feu.
- Le compartiment à l'épreuve du feu (CEF) est destiné à isoler, à l'intérieur d'un bâtiment, une activité ou un stockage dit « aggravant ».
Le compartiment à l'épreuve du feu n'est conçu que pour un incendie survenant à l'intérieur d'un bâtiment. Il n'est pas destiné à protéger son contenu d'un incendie survenant à l'extérieur du compartiment (cette éventualité entraînerait un surcoût important à cause des exigences de degré coupe-feu plus élevé et de résistance mécanique plus importante).
La définition actuelle du compartiment à l'épreuve du feu ne prend pas en compte les problèmes de résistance à l'explosion.
Comportement au feu des différents ouvrages séparatifs coupe-feu
- Quelle que soit la face du mur exposée à l'incendie, le mur séparatif ordinaire doit être au moins coupe-feu 2 h ou REI 120.
- Quel que soit le côté de la paroi où l'incendie prend naissance, les parois du compartiment à l'épreuve du feu (parois verticales et plancher haut) autres que la paroi extérieure doivent être coupe-feu 1 h 30 ou REI 90. La résistance au feu des divers éléments de construction est déterminée selon les méthodes citées dans l'arrêté du 22 mars 2004 et les essais sont effectués dans des laboratoires agréés par le ministère de l'Intérieur.
Des protections rapportées peuvent participer à la résistance au feu des éléments de construction :
- pour les murs séparatifs ordinaires et les compartiments à l'épreuve du feu, outre les enduits acceptés pour le mur séparatif coupe-feu, d'autres protections sont admises (plaques, coquilles et flocages de fibres minérales). Si les ouvrages séparatifs coupe-feu comportent une ossature et des éléments de remplissage, la conception du système doit permettre la dilation thermique des différents éléments en cas d'incendie.
Enfin, les caractéristiques des matériaux constitutifs des ouvrages séparatifs coupe-feu sont les mêmes : ils doivent tous être classés M0 et avoir une résistance mécanique suffisante pour supporter les chocs et les vibrations...
Dispositions constructives
- Le mur séparatif ordinaire (MSO)
Il est vertical. Aucun décrochement n'est toléré. Dans le sens de la longueur, les décrochements peuvent être acceptés si les angles sont suffisamment renforcés. Si des éléments horizontaux (des poutres par exemple) traversent le mur, ils doivent être classés M0, être calfeutrés au niveau du passage et isolés des marchandises (ou matériels...) pour limiter le risque de propagation de l'incendie. Les poutres encastrées sont autorisées.
Charge admissible : il est recommandé d'adapter les dispositions décrites pour le MSCF. Néanmoins, le MSO peut être porteur par l'intermédiaire d'encastrement.
Le compartiment à l'épreuve du feu (CEF) doit être implanté au niveau du rez-de-chaussée du bâtiment qui le contient ou éventuellement en sous-sol si des voies d'accès sont aménagées pour les services de secours. L'une des parois du compartiment doit être directement accessible de l'extérieur pour faciliter l'intervention des équipes de secours : elle est nommée « paroi extérieure » et doit être implantée à au moins 10 m de toute autre construction. Le plancher bas du compartiment est en béton armé (ou autre matériel incombustible), étanche (surtout pour le stockage de liquides inflammables) afin d'éviter la propagation de l'incendie ou de limiter les dégâts des eaux d'extinction. Le plancher haut du compartiment à l'épreuve du feu ne doit pas être utilisé pour un stockage ou une activité quelconque sauf lorsqu'il est constitué par le plancher bas du niveau supérieur (la résistance au feu du plancher est alors compatible avec les charges d'exploitation réelles au niveau supérieur). La surface du compartiment est limitée à 250 m2 et sa profondeur à 15 m (portée d'une lance ordinaire).
Conditions de dépassement
- Pour les murs séparatifs ordinaires
En partie haute, le dépassement doit être d'au moins 0,70 m du point le plus haut des couvertures situées dans une zone de 2,50 m de part et d'autre du mur. Une coupure des toitures est envisageable avec la mise en place d'un revêtement en matériaux classés M0 ou A1 ou A2 s1d0 (euroclasses) sur une distance d'au moins 2,5 m de part et d'autre du mur. À noter :cette coupure n'est pas nécessaire si la toiture-terrasse est en béton armé ou si tous les éléments constitutifs de la toiture sont en matériaux classés M0 (tôles d'acier d'aluminium, panneaux composites comportant des matériaux classé M0 en isolation ou parement). Sur les côtés du bâtiment, le mur séparatif ordinaire doit déborder de 0,50 m par rapport au nu extérieur de la façade sauf si les façades de part et d'autre du bâtiment sont, sur une largeur de 2,50 m, en matériaux classés M0 et sans ouverture. Cette largeur pourra être réduite à 1 m si la façade présente un degré CF 2 h. Dans ce cas, aucun dépassement n'est exigé. Les bâtiments faisant un angle de 90° constituent un cas particulier, comme pour les murs séparatifs coupe-feu.
- Pour les compartiments à l'épreuve du feu
En partie haute, les conditions de dépassement s'appliquent aux compartiments dont les parois verticales s'élèvent jusqu'à la couverture du bâtiment. Les parois verticales devront dépasser la couverture d'au moins 0,70 m. À noter : ce dépassement n'est pas nécessaire si la toiture-terrasse est en béton armé ou si tous les éléments constitutifs de la toiture sont en matériaux classés M0. Sur les côtés, les parois verticales perpendiculaires à la façade doivent déborder de 0,50 m par rapport au nu extérieur de celle-ci, comme pour le mur séparatif coupe-feu. Des exceptions sont possibles sous certaines conditions : le mur doit comporter soit une bande de façade soit des « retours » sans ouverture. Pour les murs séparatifs ordinaires et les compartiments à l'épreuve du feu, en partie haute, si les éléments de couverture sont en matériaux ondulés, il convient de bourrer soigneusement les ondes situées au faîte des parois verticales afin d'éviter tout passage de gaz chauds et/ou de flammes à l'aide de matériaux classés M0 (ciment, plâtre ou produits fibreux comme la laine de roche).
Équipements des ouvertures et passages traversant les ouvrages séparatifs coupe-feu
- Les ouvertures
Aucune ouverture ni aucun passage ne devrait être pratiqué au travers d'un mur séparatif coupe-feu. Toutefois, des contraintes techniques et des contraintes d'exploitation peuvent conduire à déroger à ce principe. Pour tous les ouvrages séparatifs coupe-feu, le nombre d'ouvertures et de passages pratiqués dans les parois doit être limité au strict minimum et leur équipement doit être conçu de manière à ce que soient préservées toutes leurs qualités de comportement au feu.
- Pour les ouvertures des murs séparatifs coupe-feu et des murs séparatifs ordinaires et des parois intérieures des compartiments à l'épreuve du feu.
Les ouvertures doivent être équipées de différents dispositifs (voir tableau ci-dessus) : portes doubles, pare flammes... Les dimensions des baies sont limitées. Les linteaux métalliques ne sont pas acceptés pour les murs séparatifs coupe-feu et sont tolérés sous certaines conditions pour les murs séparatifs ordinaires.
Le seuil des ouvertures doit être en matériaux incombustibles et pour les stockages de liquides inflammables, toute disposition doit être prise pour éviter un écoulement sous les portes.
- Pour les ouvertures de la paroi extérieure des compartiments à l'épreuve du feu.
La paroi accessible de l'extérieur doit comporter plusieurs portes pare flammes soit pivotantes, soit coulissantes. Elles doivent être facilement manuvrables de l'extérieur pour faciliter l'intervention des services de secours. Les châssis doivent être pare flammes et leur fermeture commandée aisément de l'extérieur.
- Le passage d'équipements
Pour la mise en place des câbles électriques au niveau des murs séparatifs coupe-feu et des murs séparatifs ordinaires ainsi que des parois intérieures des compartiments à l'épreuve du feu, les dispositions sont les mêmes : tout doit être mis en uvre (bourrages, essais...) pour que le passage de ces câbles n'altère pas les performances de l'ouvrage séparatif coupe-feu.
- Pour les canalisations
Les canalisations doivent passer par un caniveau garni de sable et être constituées de matériaux MO.
- Pour les conduits de ventilation et de climatisation :
Les conduits doivent être équipés de clapets (coupe-feu simples, à fermeture automatique...).
- Pour les convoyeurs et les bandes transporteuses :
Les prescriptions sont les mêmes pour les trois ouvrages séparatifs coupe-feu.
Les murs séparatifs ordinaires admettent des ouvertures en toiture, des joints de dilatation, des relevés d'étanchéité et d'autres propositions diverses (double de clés, espace libre le long du mur...).
Les principales exigences en fonction du type d'ouvrage séparatif
Type d'ouvrage séparatif
Exigences coupe-feu
des paroisMatériaux constitutifs
Equipements
des ouverturesConduits
de ventilation
et de climatisationConvoyeurs
et bandes transporteusesMSCF
4 h si double paroi,
3 h par paroi
M0
(Incombustible)
Portes doubles CF 1 h 30
et PF 2 h (1)Non autorisés
Conformes
aux exigences
de la règles APSAD R16 (1)MSO
2 h
M0
(Incombustible)
Portes simples
CF 1 h 30
et PF 2 h (2)Equipés
de clapetsCF simples
CF 2 h
Conformes
aux exigences
de la règle APSAD R16CEF
1 h 30
M0
(Incombustible)
Portes simples
CF 1 h 30
et PF 2 h (2)(paroi extérieure)
-
portes simples
PF 1 h 30(paroi extérieure)
Equipés
de clapetsCF simples
CF 2 h
Conformes
aux exigences
de la règle APSAD R16(1) Aucune ouverture ne doit être pratiquée au travers d'un mur séparatif coupe-feu. Toutefois, des contraintes techniques et des contraintes d'exploitation peuvent conduire à déroger à ce principe.
(2) D'une manière générale, le nombre d'ouvertures et de passages pratiqués doit être limité au strict minimum.
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